Série - Dieu est lumière

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samedi 16 février 2013

Dieu est lumière (1)

ODT

« Dieu est Lumière, en Lui point de ténèbres » (1 Jn. 5)

Introduction : La lumière divine.

L’union avec Dieu est un mystère qui s’accomplit dans les personnes humaines.

Un être humain sur la voie de l’union n’est jamais amoindri dans sa qualité de personne, quoiqu’il renonce à sa volonté propre, à ses inclinations naturelles. C’est en renonçant librement à tout ce qui lui est propre par nature que la personne humaine se réalise pleinement dans la grâce. Ce qui n’est pas libre, ce qui n’est pas conscient, n’a pas de valeur personnelle. Les privations, les souffrances, ne peuvent devenir une voie vers l’union, si elles ne sont acceptées librement. Une personne parfaite est pleinement consciente dans toutes ses déterminations : elle est libre de toute contrainte, de toute nécessité naturelle. Plus une personne progresse dans la voie de l’union, plus elle est consciente. Cette conscience dans la vie spirituelle s’appelle connaissance (gnôsis) chez les auteurs ascétiques orientaux. Elle se manifeste pleinement dans les degrés supérieurs de la voie mystique comme la connaissance parfaite de la Trinité. C’est pourquoi Évagre le Pontique identifiait le Royaume de Dieu avec la connaissance de la Sainte Trinité – conscience de l’objet de l’union. Au contraire, l’inconscience (agnoia) dans sa limite extrême, ce ne serait rien d’autre que l’enfer – dernière déchéance de la personne. La vie spirituelle – l’accroissement de la personne humaine dans la grâce – est toujours consciente, l’inconscience étant une marque du péché, « le sommeil de l’âme ». Il faut donc être conscient dans l’état de veille, se comporter comme des fils de lumière – « Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous en enfants de lumière[1] », selon la parole de saint Paul : « Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi luira le Christ ».

L’Écriture Sainte abonde en expressions se rapportant à la lumière, à l’illumination divine, à Dieu, qui est appelé Lumière. Pour la théologie mystique de l’Église d’Orient ce ne sont pas des métaphores, des figures de rhétorique, mais des paroles exprimant un aspect réel de la divinité. Si Dieu est appelé lumière, c’est qu’il ne peut rester étranger à notre expérience. La « gnose », la conscience du divin dans son degré suprême est une conscience de la lumière incréée, cette expérience elle-même étant lumière : « Dans ta lumière nous verrons la lumière[2] ». C’est ce qu’on perçoit et ce par quoi on perçoit dans l’expérience mystique. Pour saint Syméon le Nouveau Théologien l’expérience de la lumière, qui est la vie spirituelle consciente ou la « gnose », révèle la présence de la grâce acquise par la personne[3]. Si la vie dans le péché est parfois volontairement inconsciente (on ferme les yeux pour ne pas voir Dieu ), la vie dans la grâce est un progrès incessant de la conscience, une expérience croissante de la lumière divine.

Vladimir Lossky, Essai sur la théologie mystique de l’Église d’Orient, Cerf 2008, p. 215-7.

Notes

[1] Eph. 5, 9.

[2] Ps. 35, 10.

[3] Homélie LXXIX, 2 = Catéchèse XXVIII (SC 113, p. 137-139).

lundi 25 février 2013

Dieu est lumière (2)

ODT

« Nous ne parlons pas en effet de ce que nous ne savons pas, mais nous témoignons de ce que nous savons[1] : que déjà dans les ténèbres brille la lumière[2], dans la nuit et le jour, dedans et dehors, dedans dans nos cœurs[3], dehors dans notre intelligence ; nous baignant d’un éclat sans déclin, sans vicissitude, sans changement, sans contour, parlante, agissante, vivante et vivifiante et transformant en lumière ceux qu’elle éclaire. Nous, nous témoignons que Dieu est lumière[4] ; que ceux qui ont été jugés dignes de le voir l’ont tous contemplé comme lumière, parce que devant lui marche la lumière de sa gloire[5] et qu’il est impossible qu’il apparaisse sans lumière ; que ceux qui n’ont pas vu sa lumière ne l’ont pas vu non plus, parce que c’est lui la lumière ; que ceux qui n’ont pas reçu la lumière n’ont pas encore reçu la grâce, car ceux qui ont reçu la grâce ont reçu la lumière de Dieu et Dieu lui-même, comme l’a dit le Christ : « J’habiterai en eux et m’y promènerai.[6] »

Mais ceux qui n’ont pas encore fait l’épreuve ni été jugés dignes de cela, sont tous dans ce cas, sous la loi[7] d’avant la grâce : esclaves[8], disciples d’esclaves, auditeurs de la loi[9], enfants de la servante, fils des ténèbres, voilà leur sort, qu’ils soient empereurs ou patriarches, pontifes ou prêtres, gouvernants ou gouvernés, laïcs ou moines, ascètes ou supérieurs, pauvres ou riches, malades ou en bonne santé. Car tous ceux qui sont assis dans les ténèbres[10] sont fils des ténèbres et ne veulent pas faire pénitence. La pénitence en effet, est la porte qui fait sortir des ténèbres et entrer dans la lumière […] Mais qui ne fait pas pénitence pèche, du moment qu’il ne fait pas pénitence : « car pour qui sait faire le bien et ne le fait pas, est-il dit, il y a péché[11]. » Or, qui fait le péché est esclave du péché[12], hait la lumière et ne vient pas à la lumière, pour que ses œuvres ne soient pas manifestées[13]. »

Un texte de saint Syméon le Nouveau Théologien.

Notes

[1] Cf. Jn 3, 11

[2] Cf. Jn 1, 5. I Jn 2, 8

[3] Cf. II Pierre 1, 19

[4] Jn. 1, 5

[5] Cf. Ps. 96, 3. Is. 58, 8. Bar. 5, 9

[6] II Cor. 6, 16

[7] Cf. Gal. 4, 5.21

[8] Cf. Gal. 4, 7

[9] Rom. 2, 13

[10] Lc. 1, 79

[11] Jac. 4, 17

[12] Jn. 8, 34 ; cf. 3, 20

[13] Jn. 3, 20 ; cf. 21

lundi 4 mars 2013

Dieu est lumière (3)

ODT

Dieu soleil intelligible :

« Dieu nous accorde et nous accordera encore de nombreux et grands bienfaits dont nul ne pourrait dresser l’inventaire ni faire le compte ; or le plus important de ses bienfaits et celui qui manifeste le mieux sa bienveillance à l’égard des humains, c’est de nous attirer et de nous unir à lui. Oui, Dieu joue dans le domaine des choses intelligibles le rôle que joue le soleil dans le domaine des choses sensibles : ce dernier éclaire le monde invisible, Dieu, lui, le monde invisible ; celui-là donne un aspect ensoleillé aux choses corporelles que l’on voit, celui-ci donne une perfection qui est une marque divine aux choses spirituelles. Et comme [le soleil] est lui-même la suprême beauté de l’univers visible du fait qu’il procure à ceux qui voient la puissance de voir, et aux choses visibles la possibilité d’être vues, ainsi, dans l’univers intelligible, en donnant à ceux qui sont doués d’intelligence la puissance de l’esprit, et aux choses intelligibles la possibilité d’être saisies par l’esprit, Dieu se trouve lui-même au sommet de la catégorie des intelligibles ; toute chose a sa finalité en lui, sans le dépasser d’aucune manière, car l’esprit, même le plus savant et le plus sublime ou le plus ouvert, ne s’élève pas et ne s’élèvera d’aucune façon plus haut. Voilà, en effet, le terme suprême que l’on peut atteindre et ceux qui y sont arrivés y trouvent le repos d’une contemplation totale. »[1]

Dieu est la lumière suprême :

« Dieu est la lumière suprême, inaccessible et inexprimable ; elle n’est ni comprise par l’esprit, ni exprimée par la parole ; et elle illumine toute nature douée de raison […] Dans la mesure où nous sommes purifiés, elle nous apparaît ; dans la mesure où elle nous apparaît, elle est aimée de nous ; et dans la mesure où nous l’aimons, en retour nous la connaissons ; elle se contemple et se comprend elle-même et se répand peu dans ce qui est extérieur à elle. Je parle de la lumière qui est contemplée dans le Père, le Fils et le Saint Esprit ; leur richesse, c’est l’identité de nature et le jaillissement unique de leur splendeur. La deuxième lumière, c’est l’ange qui est une sorte d’écoulement de la première Lumière ou de participation à elle ; parce qu’elle a une propension vers elle, et qu’elle le soutient, il tient d’elle son illumination. Je ne sais pas si c’est le rang occupé par chacun qui mesure son illumination, ou bien si chacun reçoit son rang à la mesure de son illumination. La troisième lumière c’est l’homme, et cela est manifeste même aux gens du dehors ; en effet, ils donnent à l’homme le nom phôs (lumière) à cause de la puissance de l’intelligence qui est en nous ; et inversement, ce nom est donné à ceux d’entre nous-mêmes qui sont plus semblables à Dieu et qui s’approchent plus de Dieu. Je connais encore une autre lumière : celle qui a chassé les ténèbres primitives ou les a déchirées, elle qui fut produite en premier temps de la création visible, et celle qui éclaire la révolution circulaire des astres et le luminaire d’en haut, bref, le monde entier. »[2]

Notes

[1] Grégoire de Nazianze, Discours 21, 1, 9-26 (SC 270, p. 110-112)

[2] Grégoire de Nazianze, Discours 40, 5, 1-21 (SC 358, p. 204-206)

lundi 11 mars 2013

Dieu est lumière (4)

ODT

La lumière de la Révélation[1]

Il était lumière aussi, le premier précepte donné au premier homme[2] … C’était aussi une lumière figurative et à la mesure de ceux qui la recevaient, la loi écrite donnant une esquisse de la vérité et du mystère de la grande Lumière, s’il est vrai que même le visage de Moïse en reflète la gloire. Et pour donner de plus nombreuses lumières à notre discours, c’était une lumière, celle qui est apparue à Moïse en venant du feu, lorsque le feu brûlait le buisson sans le consumer[3] … C’était aussi une lumière, celle qui, dans une colonne de feu, guidait la marche d’Israël et adoucissait la rigueur du désert[4] ; c’était une lumière, celle qui enleva Élie dans un char de feu[5], sans brûler celui qui était enlevé ; c’était une lumière celle qui enveloppa de son éclat les bergers[6], lorsque la lumière qui est en dehors du temps se mêlait à celle qui est dans le temps ; c’était une lumière celle de l’astre qui se hâta vers Bethléem ; et cela, entre autres raisons, pour guider les mages dans leur marche[7] et faire escorte à la lumière qui est au-dessus de nous et qui s’est mise avec nous ; c’était une lumière, la divinité qui s’est montrée un instant aux disciples sur la montagne[8], mais presque avec trop de force pour la vue ; c’était une lumière, l’apparition qui enveloppa Paul de son éclat, ainsi que le dommage infligé à sa vue, ce qui guérit les ténèbres de son âme[9] ; c’était une lumière aussi, la béatitude de l’au-delà, pour ceux qui se sont purifiés ici-bas, lorsque les justes brilleront comme le soleil et qu’ils seront des dieux et des rois au milieu desquels Dieu se tient, réglant et distinguant les degrés de leur béatitude dans l’au-delà ; c’est une lumière au sens propre, plus que les précédentes, l’illumination du baptême … et l’on y trouve contenu un grand et admirable mystère : celui de notre salut.

Notes

[1] Grégoire de Nazianze, Discours 40, 6, 1-28 (SC 358, p. 306-308).

[2] Voir Gn. 1, 2-5

[3] Voir Ex. 3, 2

[4] Voir Ex. 13, 21

[5] Voir 2 R 2, 11

[6] Voir Lc 2, 19

[7] Voir Mt. 2, 19

[8] Voir Mt. 17, 2

[9] Voir Ac. 9, 3-18

lundi 13 mai 2013

Dieu est lumière (5)

ODT

La contemplation de la lumière pure requiert la purification de l’intellect[1]

« Dieu est lumière, et la plus haute lumière ; un faible écoulement, un faible rayonnement venant jusqu’ici-bas, c’est toute notre lumière, encore qu’elle nous paraisse très brillante ; mais vois-tu, Dieu foule notre obscurité, et il a placé les ténèbres comme sa retraite[2] entre lui et nous ; comme jadis Moïse plaça aussi le voile entre lui-même et l’endurcissement d’Israël : c’est pour que notre nature enténébrée ne voie pas facilement la beauté cachée et que bien peu méritent de la voir ; c’est aussi pour éviter que, si nous l’atteignons facilement, nous ne le perdions aussi facilement, à cause de l’aisance qu’il y aurait à l’acquérir ; il faut que notre lumière prenne contact avec la Lumière – cette dernière l’attirant sans cesse vers les hauteurs par le désir – il faut que notre esprit purifié s’approche de la pureté absolue et qu’une partie de celle-ci lui apparaisse maintenant et le reste plus tard, en récompense de la vertu, de l’élan d’ici-bas vers cette pureté absolue, ou plutôt de l’assimilation à elle. »

L’homme est appelé à devenir la lumière[3]

« Devenons lumière, comme les disciples reçurent ce nom quand la grande Lumière leur disait : Vous êtes la lumière du monde[4]. Devenez des flambeaux dans le monde, tenant la parole de vie[5], c’est-à-dire une puissance de vie pour les autres. Saisissons la divinité, saisissons la première et la plus pure Lumière. Marchons vers sa clarté avant que nos pieds ne heurtent contre des montagnes enténébrées et hostiles. Tant qu’il fait jour, marchons avec dignité comme pendant le jour, non avec ripailles et beuveries, non avec luxures et débauches[6] qui sont les larcins de la nuit. Purifions chaque membre frère, sanctifions chaque sens ; que rien en nous ne soit imparfait ni ne relève de la première naissance ; ne laissons rien qui ne soit illuminé. Purifions l’œil, afin que notre regard soit droit… Illuminons l’oreille, illuminons la langue… Guérissons l’odorat… Purifions le toucher, le goût, la gorge… Il est encore bon de purifier la tête… Il est bon aussi de sanctifier et de purifier l’épaule, afin qu’elle puisse porter la croix du Christ… Il est bon aussi de rendre parfait les mains et les pieds… Il y a aussi une purification du ventre… Je trouve que le cœur et les viscères sont dignes d’honneur… Et que dire des flancs ? Et que dire des reins ? Ne laissons pas cela de côté ; que la perfection les touche aussi !… Offrons-nous tout entiers, soyons des holocaustes spirituels, des victimes parfaites, ne prélevons pas pour le prêtre l’épaule seule, la poitrine seule – c’est là peu de chose – mais donnons-nous tout entiers pour nous recevoir en retour tout entiers, car c’est purement recevoir que se donner à Dieu et faire de notre propre salut une offrande sacrée. »

Notes

[1] Grégoire de Nazianze, Discours 32, 15, 1-13 (SC 318, p. 116)

[2] Ps. 17, 12

[3] Grégoire de Nazianze, Discours 40, 38 (SC 358, p. 284 – 292 )

[4] Mt 5, 14

[5] Ph 2, 15-16

[6] Rm. 13, 13

lundi 20 mai 2013

Dieu est lumière (6)

ODT

La Transfiguration du Christ[1]

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les emmène à l’écart, sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent éblouissants comme la lumière. Et voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ; si tu le veux, je vais faire ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie ». Comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et voici qu’une voix disait de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute la faveur ; écoutez-le ». À cette voix les disciples tombèrent la face contre terre, tout effrayés. Mais Jésus s’approchant, les toucha et leur dit : « Relevez-vous, et n’ayez pas peur ». Et eux, levant les yeux, ne virent plus personne que lui, Jésus seul.

Clément d’Alexandrie : « ce que l’âme a vu, elle en fit participer la chair »[2]

Le Seigneur, à cause de sa grande humilité n’est pas apparu comme un ange, mais comme un homme. Et quand il apparut en gloire aux Apôtres sur la montagne, ce n’était pas pour lui-même qu’il a agi en se montrant lui-même, mais pour l’Église, laquelle est une « race élue »[3], afin qu’elle apprit le progrès obtenu par le Seigneur après son exode de la chair. Car il était aussi la lumière d’en haut et « ce qui a été manifesté dans la chair », et ce qui a été vu ici-bas n’était pas inférieur à Celui d’en haut. Par le fait de son passage de là-haut, ici-bas, il n’était pas à l’état divisé comme s’il échangeait un lieu pour un autre et quittait pour gagner l’autre. Mais il était l’Omniprésent, tout à la fois auprès du Père et ici bas : car « il était la puissance opérante du Père »[4]. D’ailleurs il fallait que s’accomplit la parole que le Sauveur a dit : « Il en est plusieurs parmi vous, parmi ceux qui se tiennent ici, qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme en gloire… »[5] Toutefois ce n’est pas par des yeux charnels qu’ils virent la lumière (car il n’y a aucune affinité ni intimité entre cette lumière-là et cette chair-ci), mais selon que la puissance et la volonté du Sauveur donnèrent la capacité à la chair pour voir ; et de par ailleurs, ce que l’âme a vu, elle en fit participer la chair en communion avec elle, parce qu’elle s’enlace à elle.

Notes

[1] Mc 9, 2-10

[2] Extraits de Théodote 4 (PG IX, 656) : SC 23, p. 59-61

[3] I Pierre 2

[4] I Cor. 1, 24

[5] Mc 9,1

lundi 27 mai 2013

Dieu est lumière (7)

ODT

Homélie sur la Transfiguration de saint Grégoire Palamas[1]

… Ce qu’est le soleil pour les hommes qui vivent selon leur seule sensation, et ne voient qu’avec leur sensation, le Christ l’est, en tant que Dieu, pour les hommes qui vivent selon l’Esprit, et voient dans l’Esprit. Et il n’est pas besoin, pour qui est semblable à Dieu, d’une autre lumière dans la vision divine. Oui, pour les éternels, Dieu Lui-même est lumière[2], et il n’en est point d’autre. Quelle serait en effet l’utilité d’une deuxième lumière, pour qui possède la lumière la plus élevée ? Or pendant qu’il priait, il resplendit ainsi et dévoila, ineffablement, à ceux qu’il avait élus d’entre ses disciples, cette lumière ineffable, et les plus grands des Prophètes étaient avec lui : il voulait montrer par là que c’est la prière qui procure cette bienheureuse contemplation, et nous apprendre que par la proximité avec Dieu, dans la vertu, notre union avec lui dans l’esprit, cette splendeur apparaît, s’offrant aux regards de tous ceux qui ne cessent de tendre vers Dieu grâce à leur assiduité dans les bonnes œuvres et à la pureté de leur prière. « Car seul un esprit purifié, a-t-on dit, peut contempler la beauté véritable et bienheureuse ; quiconque a tendu vers ses éclats fulgurants et vers ses grâces y participe selon sa propre mesure, comme si un rayon fleuri avait été peint sur sa pupille »[3]. C’est pourquoi Moïse, quand il conversait avec Dieu, eut son visage glorifié. Voyez-vous comment Moïse, lui aussi, fut transfiguré après être monté sur la montagne, et contempla aussi la gloire du Seigneur ? Mais il a subi[4] sa transfiguration, et ne l’a point produite. Comme on l’a dit : « à ceci me porte le rayon, ici-bas mesuré, de la vérité : à voir la splendeur de Dieu, et à la subir ». Mais notre Seigneur, lui, avait cette splendeur dans sa propre demeure ; c’est pourquoi il n’eut même pas besoin de prier pour que son corps resplendît de la lumière divine ; mais en priant il ne fit qu’indiquer l’origine, pour les saints, de cette splendeur divine, et de la façon dont ils la verraient. En effet : « les justes, eux aussi, brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père »[5], et ainsi devenus tout entiers lumière divine, et comme des rejetons de la lumière divine, ils verront divinement, ineffablement, le Christ lui-même plus que lumineux, lui dont la gloire, jaillissant de sa divinité, conformément à sa nature, s’était montrée au Thabor partagée également par son corps, du fait de l’union hypostatique… Et le Seigneur fut transfiguré, selon les théologiens, « non en s’adjoignant ce qu’il n’était pas, mais en manifestant à ses propres disciples ce qu’il était, en leur ouvrant les yeux et en donnant la vue à ceux qui étaient aveugles »[6]. Voyez-vous donc combien sont aveugles devant cette lumière, les yeux qui voient avec leur faculté naturelle ? Par conséquent, cette lumière n’est pas sensible, et ceux qui voient ne la voient pas simplement avec leurs yeux sensibles, mais avec des yeux transformés par la puissance de l’Esprit divin. »

Notes

[1] Homélie 34 (PG 151 424B-236C). YMCA, p. 192 – 195

[2] Grégoire de Nazianze, Discours 44, 3 (PG 36, 609 B)

[3] Basile de Césarée, in Psalm. 29, 5 (PG 29, 317)

[4] Grégoire de Nazianze, Discours 45, 7 (PG 36)

[5] Mt. 13, 43

[6] St Jean Damascène, Homélie sur la Transfiguration (PG 96, 564 C)

lundi 3 juin 2013

Dieu est lumière (8)

ODT

La Transfiguration du Chrétien passe par la Crucifixion : Textes de saint Macaire.

Homélie II 25, 3-4

Ainsi donc, celui qui veut devenir participant de la gloire divine et voir dans la partie maîtresse de son âme comme dans un miroir, la forme du Christ, doit rechercher le secours puissant de Dieu, jour et nuit, avec un amour insatiable et un élan inassouvi, de tout son cœur et de toute sa force. Ce secours, il lui sera impossible de l’obtenir s’il ne renonce pas d’abord, comme il a été dit, aux jouissances du monde, aux convoitises de la puissance adverse, laquelle est ennemie de la lumière et une énergie mauvaise qui ne s’accorde pas avec l’énergie bonne et lui est tout à fait étrangère…

Nous n’avons pas encore reçu l’allégresse du Christ. Car l’aiguillon de la mort reste encore fiché en nous… En effet, nous sommes encore sous l’influence de la nuit obscure, nous n’avons pas encore endossé les armes de la lumière[1], puisque nous ne nous sommes pas encore dépouillé des armes, des flèches et des œuvres des ténèbres. Nous ne sommes pas encore transformés par le renouvellement de l’intellect[2], car nous sommes encore conformes au modèle de ce monde[3] par la vanité de nos préoccupations. Nous ne sommes pas encore glorifiés avec le Christ, parce que nous n’avons pas encore souffert avec lui[4]. Nous ne portons pas encore « en notre corps ses stigmates »[5] en étant entrés dans le mystère de la croix du Christ. Car nous vivons encore parmi les passions charnelles et les convoitises.

Homélie 15, 42 : Porter la croix dans le cœur et l’intellect.

Celui qui veut acquérir l’instruction commence par aller apprendre l’alphabet, et quand il sera devenu le premier à l’école élémentaire, il ira à l’école romaine, où il sera le dernier. Quand il sera redevenu premier, il ira à l’école des grammairiens, où il se retrouvera à nouveau débutant et le dernier de tous… Si le monde visible comporte déjà tant de gradations, combien davantage les mystères célestes auront-ils leurs progressions et verront-ils s’accroître le nombre de leurs degrés ; c’est donc au prix de beaucoup d’exercices et d’épreuves que celui qui les parcourt devient parfait. En effet, quand les chrétiens ont vraiment goûté à la grâce et portent le signe de croix sur leur intellect et sur leur cœur, ils regardent toutes choses comme du fumier et de la pourriture, du roi au dernier des pauvres, et ils sont capables de comprendre que tout le monde terrestre, tous les trésors royaux, la gloire, les paroles des sages, sont illusoires, manquent de fondement solides et ne font que passer. »

Homélie 53, 17 : Le chemin étroit.

… Les âmes qui désirent être unies à l’Époux céleste et régner avec lui, doivent suivre la voie étroite et resserrée dans laquelle lui-même a marché, se donnant à nous comme modèle. Si elles [les âmes] se détournent vers un autre chemin, en ne portant ni les stigmates ni les souffrances du Seigneur, ces âmes seront tenues pour des prostituées et rejetées du Royaume.

Homélie 10, 1 : Le chemin vers l’illumination.

Les âmes amies de la vérité et de Dieu qui, avec une grande espérance et une grande foi, désirent revêtir parfaitement le Christ, n’ont pas tellement besoin des avertissements d’autrui, et elles ne supportent pas, même un court moment, d’être privées du désir céleste et de l’amour passionné envers le Seigneur. Mais, étant totalement et sans réserve clouées à la croix du Christ, elles perçoivent en elles-mêmes, jour après jour, le sentiment d’un progrès spirituel, vers la chambre nuptiale. blessées par le désir du ciel, affamées de la justice et des vertus, elles ont un ardent et insatiable désir de l’illumination de l’Esprit… Plus elles s’enrichissent spirituellement, plus estiment être pauvres, parce que leur désir spirituel de l’Époux céleste est devenu insatiable, comme le dit l’Écriture : « Celui qui me mange a encore faim, et celui qui me boit a encore soif »[6].

Notes

[1] Rom 13, 12

[2] cf. Rom 12, 2

[3] cf. Éph 4, 17

[4] cf. Rom 8, 17

[5] cf. Gal 6, 17

[6] Sir 24, 29

lundi 17 juin 2013

Dieu est lumière (9)

ODT

Évangile de l’aveugle né

Homélie de Mgr Antoine (Bloom) pour le dimanche de l’aveugle né – 5e dimanche après Pâque – 22 mai 1967

Il y a deux attitudes possibles face aux passages du Nouveau Testament qui nous heurtent et nous laissent perplexes. Soit on s’appuie sur son expérience et sur ses pensées, [donc finalement] sur son impossibilité à voir plus large et plus profond que les apparences et la surface des choses et on se dit : cela ne peut-être ainsi, et si pourtant ça l’est – alors Toi, Seigneur, démontre-moi d’abord qu’il en est ainsi et alors je croirai… Ou bien on peut réagir différemment et s’appuyer sur l’expérience, si petite soit-elle, mais que nous avons tous de Dieu, renoncer à nos opinions, à nos convictions, à nos sentiments et se dire : il s’est révélé quelque chose d’immensément plus vaste que ce que j’ai pu imaginer, que tout ce que je croyais vrai jusqu’à présent et cette révélation me vient de Dieu Lui-Même. Dorénavant, je vais accepter cette révélation, qui surpasse tout ce que je croyais jusqu’à présent, avec foi et tôt ou tard, de l’intérieur de cette relation avec Dieu, je saisirai que c’est Lui qui avait raison…

Un des passages embarrassant et difficile du Nouveau Testament, est sans conteste le début de l’évangile que nous avons lu aujourd’hui. Ce n’est pas tant la question posée par les apôtres : qui a péché pour que cet homme naisse entouré de ténèbres ? – mais l’autre question qui découle de la réponse du Christ : personne n’a péché, personne n’est responsable, ce ne sont pas des représailles, ce n’est pas l’hérédité, cela n’a pas d’autre raison d’être que de permettre la manifestation de la gloire de Dieu…

Mais où est ici la gloire de Dieu ? Est-elle vraiment dans le fait que cet homme ait dû vivre tant d’années, peut-être même jusqu’à un âge avancé, avec cette terrible infirmité pour qu’enfin il soit l’objet d’un miracle et que les gens glorifient Dieu ? Les gens n’auraient-ils pas glorifié Dieu avec plus de joie encore, avec un sentiment de compréhension plus vif et plus profond s’ils avaient vu un homme en pleine possession de toutes les facultés humaines possibles ?…

Ici encore la réponse est double. Non, ils n’auraient pas glorifié Dieu, nous le savons par notre propre expérience et par celle de ceux qui nous entourent. Les gens ne glorifient pas Dieu parce que tout va bien dans leur vie, les gens ne glorifient pas Dieu parce qu’il est parfois si merveilleux de vivre – ce qui est merveilleux va finalement « de soi » : il va de soi d’être en bonne santé, d’être protégé, d’être libre – tout ce qui est agréable « va de soi ». Et rarement, très rarement, il arrive que nous soyons capables d’apprécier véritablement toutes ces choses « allant de soit » comme des dons de Dieu, qui nous sont offerts gratuitement et que nous n’avons rien fait pour les mériter, que ces « choses » sont autant d’étonnements permanents.

Mais il y a une autre réponse, me semble-t-il, à cette question, plus significative et plus importante. La gloire de Dieu ne s’est pas seulement révélée dans le fait que l’homme a recouvré la vue avec ses yeux corporels : il a recouvré la vue dans toutes les profondeurs de son âme ! Ses yeux spirituels se sont ouverts sur la miséricorde divine, sur Sa toute-puissance et finalement c’est son cœur qui s’est ouvert et est devenu capable de répondre avec foi et amour au don divin de sa guérison physique. C’est là que la gloire de Dieu s’est manifestée – pas dans le fait que les gens aient félicité Jésus, puisque l’Évangile affirme qu’ils ont crucifié le Seigneur comme un pécheur précisément parce qu’Il n’ont pas apprécié la manière dont Il a accompli Sa mission de réconciliation. Non, ce n’est pas de cette manière qu’Il a été glorifié, c’est dans l’âme de cet homme que s’est levée, comme un soleil, la vie éternelle : comme par une étincelle, comme par un reflet lumineux, tout s’est éclairé d’une lumière qui n’appartient qu’à Dieu Lui-Même et ensuite est entré dans le monde comme un nouvel éclat de la présence divine.

Souvent, lorsque nous sommes entourés de malheurs, lorsque nous regardons les tragédies que traverse le monde, notre âme vacille et nous ne voyons pas qu’à travers chaque situation, chaque événement, nous avons l’occasion d’approfondir notre expérience [spirituelle] et d’éprouver dans la profondeur de notre âme le miracle d’une rencontre avec Dieu, que cette rencontre est plus importante et plus significative que ce dont nous avons peur.

Pensons à cela, les chemins de Dieu sont des chemins sans concession : Dieu nous donne beaucoup, mais Il ne nous laissera jamais périr à cause de notre confort. Si nous ne pouvons pas trouver la reconnaissance et la vie éternelle au milieu de notre confort, alors notre Dieu miséricordieux ne nous laissera pas nous perdre dans ce confort !

Cette parole est dure ; cette parole a été dite il y a plusieurs siècles, à la première génération de chrétiens, par un des 70 apôtres, Hermas : « Dieu est miséricordieux, parce qu’Il ne te laissera pas avant qu’Il n’ait humilié ton cœur ou tes os… » Il est miséricordieux parce que face à notre dureté, à notre cruauté et à notre cécité, Il doit faire pénétrer dans notre vie [et notre cœur] un miracle salutaire. Et comme nous ne sommes pas assez attentifs pour vivre dans la douce brise de Sa providence, ce miracle déferle souvent comme une tempête dans notre vie. Amen.